Les valeurs et les mentalités au Liberia
Famille élargie et solidarité
La société libérienne s'organise autour de la famille élargie plutôt que du seul foyer. Les revenus d'un salarié soutiennent couramment des frères, des cousins, des neveux et des parents éloignés, et les enfants sont fréquemment élevés par un oncle ou une tante disposant de meilleures ressources scolaires. Cette obligation d'entraide fonctionne comme une assurance collective dans un pays où la protection sociale reste limitée. Les transferts d'argent envoyés par la diaspora installée aux États-Unis prolongent aujourd'hui ce mécanisme.
Respect des aînés
L'âge confère une autorité reconnue. Les anciens président les assemblées de village, valident les mariages et interviennent dans les conflits fonciers. Leur parole conserve du poids même lorsque la loi écrite prévoit d'autres procédures. Ce principe hiérarchique se retrouve dans le langage, les formules d'adresse et l'ordre des prises de parole.
Religions et croyances
La grande majorité de la population se déclare chrétienne, les Églises protestantes et pentecôtistes occupant une place très visible dans la vie sociale. L'islam rassemble une minorité importante, notamment chez les Mandingues et les Vaï. Ces deux religions coexistent avec des croyances anciennes relatives aux ancêtres et aux esprits de la forêt, que beaucoup de Libériens continuent de tenir pour actives dans la vie quotidienne. Les sociétés initiatiques Poro pour les hommes et Sande pour les femmes participent de cet ensemble et assurent, dans plusieurs régions, une part de l'éducation morale et de la régulation sociale.
Clivages hérités de l'histoire
La fondation du pays par des colons afro-américains a longtemps produit une division entre ces familles américano-libériennes, concentrées sur la côte et détentrices du pouvoir jusqu'en 1980, et les populations de l'intérieur. Cette fracture a nourri les tensions politiques du vingtième siècle et pèse encore sur les représentations sociales, même si les mariages et l'urbanisation en ont estompé les contours.
Mémoire du conflit et rôle des femmes
Les guerres civiles de 1989 à 2003 ont marqué durablement les mentalités. La reconstruction s'accompagne d'une méfiance envers les institutions et d'une valorisation de la débrouillardise individuelle. Les femmes y ont gagné une visibilité nouvelle, à la suite du mouvement de paix conduit par Leymah Gbowee et de l'élection d'Ellen Johnson Sirleaf en 2005. L'hospitalité, le partage du repas et l'accueil du visiteur demeurent par ailleurs des valeurs revendiquées dans l'ensemble du pays.