La peinture libérienne
Primauté de la sculpture
Dans les arts visuels libériens, la peinture de chevalet occupe une place récente. Le pays s'est d'abord fait connaître par ses masques et ses statuettes de bois, dont les surfaces reçoivent des pigments naturels, du kaolin blanc, de l'ocre rouge et du noir de charbon. La couleur y sert la fonction rituelle plutôt que la représentation. Les mêmes matières colorent les corps lors des cérémonies, notamment le blanc appliqué sur la peau des jeunes filles pendant les périodes d'initiation de la société Sande.
Textiles et motifs
Le décor peint dialogue avec un fort héritage textile. Le country cloth, tissé en bandes étroites puis assemblé, se teint à l'indigo et se compose de motifs géométriques répétés. Les colons américano-libériens ont pour leur part introduit le patchwork et la courtepointe. Martha Ann Ricks, née esclave en Tennessee et installée au Liberia, offrit en 1892 à la reine Victoria un ouvrage brodé représentant un caféier, exemple souvent cité de cette tradition.
Peinture moderne et enseignement
La peinture sur toile se développe surtout à partir de la seconde moitié du vingtième siècle, portée par quelques artistes formés à l'étranger et par les commandes publiques. Leslie Lumeh compte parmi les figures les plus actives de cette génération. Peintre et illustrateur, il a fondé à Monrovia une école destinée à structurer l'enseignement des arts plastiques, longtemps inexistant dans le pays. Ses travaux et ceux de ses contemporains reviennent fréquemment sur la mémoire du conflit, le déplacement des populations et la reconstruction.
Peinture de rue
La production picturale la plus visible reste celle des enseignes commerciales. Les salons de coiffure, les échoppes de réparation et les taxis collectifs de Monrovia arborent des panneaux peints à la main, aux couleurs vives, qui figurent coupes de cheveux, outils, personnalités du football ou versets bibliques. Des fresques murales, souvent réalisées à l'occasion de campagnes de santé publique ou de réconciliation, couvrent également des murs d'école et des façades de dispensaires. Le Musée national du Liberia, sur Broad Street, conserve pour sa part une collection réduite par les pillages de la guerre, qu'un lent travail d'inventaire tente de reconstituer.